Famille Mertens de Wilmars

 

Des brasseurs

Depuis le début du XIXème siècle, la famille Mertens est étroitement liée à l’activité brassicole. Pierre (III) Jean Mertens (1796-1852) est le premier brasseur connu. Cette activité, après une lignée de bateliers, vient sans doute de son grand-père maternel, Pierre Joseph Van Damme (ou plus probablement d’un de ses oncles car son grand-père décède alors qu’il n’a que 12 ans).

Les origines: une première brasserie à Boom

Pierre ne reprend pas la brasserie familiale qui continuera a être exploitée sous le nom VAN DAMME jusqu’à la fin du XIXème siècle mais fonde une brasserie Mertens à Boom.

Le couple MERTENS-MEREMANS eut 7 enfants dont l’aîné se prénommait François-Charles (Boom 1825-Kruibeke 1901). Dès ses quinze ans, François-Charles est associé à l’exploitation de la brasserie mais sa volonté de moderniser celle-ci le fait entrer en conflit avec son père.

En 1848, il quitte Boom et rachète une petite brasserie « De Sonne » (le soleil) à Kruibeke. La brasserie de Boom sera exploitée par Henri-Melchior, jeune frère célibataire de François-Charles, au décès de son père en 1852, puis, à sa mort en 1865, par ses soeurs Rosalie et Pauline.

La brasserie De Sonne à Kruibeke

François-Charles MERTENS épouse en 1848 Ida VAN GOETHEM dont il eut 5 enfants. Notamment à la lecture des découvertes de Pasteur, il modernise la brasserie et fonde puis préside jusqu’à sa mort en 1901 le Cercle Intime des Brasseurs. Ce cercle sera notamment à l’initiative de l’Ecole supérieure de brasserie rattachée à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université de Louvain.

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Logo de la Brasserie De Sonne – Mertens

Son fils aîné, Henri MERTENS (Kruibeke 1851 – 1920) qui épouse Marie-Josèphe ERIX (Puurs 1851 – Kruibeke 1926), tout en continuant à faire prospérer la brasserie familiale, se lance également dans la politique: il est élu conseillé communal en 1890, échevin en 1891 et bourgmestre de 1894 à sa mort. Il est également élu sénateur en 1900 pour l’arrondissement Dendermonde-Sint Niklaas et sera régulièrement réélu par la suite. Durant ses mandats politiques, il défend régulièrement la profession de brasseur.

Le couple MERTENS-ERIX aura 14 enfants: Maria, Ida, Adolphe, Albert, Mathilde, Alice, Charles, Joseph, Hélène, Victor, Eugène, Marguerite, Marie-Henriette et Antoine.

La Brasserie Mertens

En 1922, c’est le plus jeune fils, Antoine, qui reprend l’affaire. En 1936, la Brasserie Mertens devient une société anonyme. En 1940, le nom est traduit en néerlandais: Brouwerij Mouterij Mertens NV.

Durant la seconde guerre mondiale, Antoine tentera de camoufler les cuves en métal non utile en les repeignant en noir mêlé de suie pour éviter la réquisition du cuivre par les Allemands. Un jour, un officier nazi, soupçonneux, découvre le pot au rose et convoque Antoine. Celui-ci joue son va-tout et rassemble toutes ses économies et les proposent à l’officier allemand qui, heureusement, est corruptible… La brasserie (et l’emploi de nombreux Kruibeekois) est sauvée…

Dans les années 50, de nombreuses petites brasseries doivent fermer leurs portes. La brasserie Mertens ferme ses portes en 1961.

Verres

Chopes en grès et en verre « Mertens Bier »

Elle brassait essentiellement des bières de table ou des pils (proche de la Maes des années 80 et 90) et une bière de Noël. La brasserie comptera plus d’une centaine de débits de boissons dans la région.

Une brasserie Dubois-Mertens à Audegem

Ces deux premières brasseries ne sont pas les seules dans la famille.

Avant 1842, une brasserie existait à Audegem (Oudegem). En 1846, elle est au mains d’un certain Fransiscus Benedictus Dubois. En 1860, ses frères Gustave et Jacob Léon reprennent la brasserie. Jacob Léon quitte l’affaire quelques années plus tard pour créer une nouvelle brasserie en 1868. Gustave continue avec ses soeurs, Catharina et Emerantia, et la brasserie prend le nom de Brasserie Dubois frère & soeurs.

En 1896, le nom est changé encore une fois en Brasserie Gustave Dubois. Un neveu de Gustave, Hector Frans Dubois, ingénieur-brasseur, participe à l’entreprise renommée, Brasserie Léon Dubois-Haems, qu’il reprend en 1906.

Dubois Hector

Hector Dubois

Hector François Dubois épouse Alice Mertens (fille de Henri Mertens, le sénateur et de Maria Erix) et renomme une nouvelle fois la brasserie: Brasserie Dubois-Mertens.

En 1914, les allemands réquisitionnent le cuivre des cuves. La famille quitte le pays pour Hastings en Angleterre. En 1919, la brasserie est remises en ordre avec une nouvelle installation qui permet la production de bière de basse fermentation. En 1921, la bière est également vendue en bouteille. Un premier camion est acquis en 1927. En 1929 commence la production de la bière de forte densité, la Fox, et 5 ans plus tard, la Export. Un nouvel embouteilleur est acquis en 1943 ainsi qu’une rénovation de la malterie.

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Etiquettes de la Fox Pils (Dubois-Mertens)

En 1941, Jacques-Léon Dubois, ingénieur-brasseur, s’installe au côté de son père. En 1944, Jacques-Léon épouse Marie-Thérèse Glibert. Elle est elle-même fille d’une famille de brasseurs de Braine-l’Alleud (Brasserie GéVé – voir plus bas).

En 1950, la brasserie devient une société anonyme (NV Brouwerij Du Bois-Mertens – et le nom est bien coupé en deux). Face à la concurrence, en 1954, la brasserie n’a plus de production propre mais devient un débit de boisson pour Alken.

En 1979, Alken reprend le fond de commerce de la brasserie et la SA est dissoute.

La Brasserie du Damier

Une des filles de François-Charles Mertens et de Ida van Goethem épouse elle aussi un brasseur: Emile Goethals, issu d’une famille de meuniers. Cet homme est également brasseur et une brasserie, la brasserie du Damier est ouverte à Meulebeek en 1903 sous le nom E.Goethals-Mertens. Elle fermera ses portes définitivement en 1974 sous le nom de Brouwerij « Het Dambord« .

A Braine-l’Alleud, encore une brasserie: GéVé

Nous venons de rencontrer Marie-Thérèse Glibert de Braine-l’Alleud. Depuis 1808, la famille Glibert brassait la bière dans cette commune à la brasserie de la place du Marché. Par son union avec Clémence Van Hamme (grande famille détentrices de filature à Braine), Alfred Glibert change le nom en Brasserie Glibert-Van Hamme (GéVé de par les initiales).

Cette brasserie employait plus de 150 personnes vers 1920 et possédait des dépôts à Chimay, Tournai, Herentals, etc. En 1932, la Gévé coûtait 1 Fb le verre de 33 cl dans tous les cafés. Plus que d’autres, deux bières firent briller l’étoile de Gévé, la Jockey et la Milord.

Après la guerre 14-18, la mode s’était faite aux bières anglaises parce que l’Angleterre avait ravitaillé les soldats belges, tant en bière qu’en pain. C’est pour cela que l’on imita les pale-ale.

Gévé poursuit son travail pendant la seconde guerre mondiale. Elle en profita même pour mettre sur la table une nouvelle bière qui fit d’autres victimes. André Glibert dira : « Pendant la guerre, il était strictement défendu de faire de la bière forte. C’était de la 0,8 oC et pas plus ! Aussi, quand le bruit du débarquement s’est confirmé, mon grand-père s’est mis à fabriquer un brassin spécial dix fois plus fort, à… 8 oC. Et, le jour de la libération de Braine-l’Alleud, on en a distribué des centaines de litres. J’aime autant vous dire qu’il y a eu des cuites et des cuites… »

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Publicité pour la bière GéVé

La Napoléon, elle, vit le jour en 1965 pour commémorer le 150ème anniversaire de la bataille de Waterloo. La pub montrait le Lion poser la patte non sur la mappemonde mais sur un tonneau. Cette bière-là existe encore, mais brassée par De Smedt à Opwijck.

A nouveau, comme pour la Brasserie Du Bois-Mertens, la reprise de toutes les actions par Alken en 1970 sonna le glas de Gévé. Il demeure un écho à cette tradition brassicole ; « La bouffarde », servie par la confrérie du Pourcha qui fume.

Et, petite cerise sur le gâteau des liens brassicoles dans la famille: la petite-nièce de Clémence Van Hamme, Madeleine Petit, fille de Léon Petit et de Jeanne Van Hamme, épouse en 1923, Antoine Mertens de Wilmars…

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